UNE TCH À CAEN SAMEDI DERNIER…

…Un grand merci à Luc pour ce témoignage très complet. Il m’écrit que pour la première fois, grâce à sa séance de TCH, il a pu revoir son fils décédé.

Cher Jean-Jacques (et non Jean-Charles comme j’ai pu l’écrire sur le questionnaire),

Tout d’abord, je voulais vous remercier pour cette expérience hors du commun qui m’a bouleversée, mais avant d’aller plus loin, déjà vous dire que je risque d’être long, aussi prenez votre temps pour me lire car rien ne presse. Comme je vous l’ai dit lors de la séance de Caen, je suis pudique, mais je vous dois un mail, le voici.

En préambule, quelques informations que je porte à votre connaissance.

La première, c’est une formidable synchronicité qui vous a été rapportée l’année dernière par une TCHiste, Eliane. Ma femme et moi avions pris nos billets pour la session juin 2020 à Caen, session annulée pour cause de COVIDs. Puis au mois de juillet il y a ces histoires d’équidés mutilés. Nous avons trois chevaux chez nous et étant très impliqué dans les réseaux sociaux depuis des années pour mon travail, j’ai décidé de créer un groupe « Surveillance Equidés Basse-Normandie ». Et c’est à cette occasion que j’ai croisé Eliane qui avait du temps et qui voulait m’aider à animer et modérer le groupe. Un jour, elle me dit qu’elle s’est fait un cadeau, qu’elle va à Rennes le week-end en ajoutant « tu ne dois pas connaître, mais je vais participer à une TCH ». Eclat de rire, je lui raconte qu’on devait suivre celle de juin à Caen. Eliane me dit qu’elle aussi devait y participer. Donc formidable synchronicité, on en rit encore. Elle était également à Caen le week-end dernier, l’occasion de nous revoir.

La deuxième qui expliquera peut-être l’expérience que j’ai vécue, et désolé si elle est un peu longue, mais vous comprendrez la suite.

J’ai perdu ma mère en 1988 suite à une chute de montagne lors d’une randonnée. J’avais 22 ans. Ma mère et moi avons toujours été fusionnels, nous avons vécu de nombreuses années que tous les deux et notre complicité était précieuse et rare. Elle était infirmière et avait décidé de suivre des cours de psychologue à titre personnel pour simplement devenir le meilleur d’elle-même.

J’ai perdu mon fils en 2019, âgé de 28 ans, retrouvé mort chez lui 5 jours après son décès. Il a fallu faire une identification ADN et des semaines à attendre l’institut médico-légale pour connaître la raison du décès, raison que nous n’aurons jamais. Nous n’avions plus de relation depuis 14 ans suite au divorce avec sa mère, il ne voulait plus entendre parler de moi. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais c’était compliqué et j’ai respecté toutes ces années son choix. Son décès a été brutal, je l’ai appris par voie de police. Sa mère qui était pourtant proche de lui m’a laissé le soin, toujours par voie de police, de m’occuper des obsèques. J’ai géré pendant près d’un mois tout cela, à 600 km du lieu où il habitait, l’administratif. Je n’ai fait que ça, gérer l’administratif. Mon chagrin je l’ai laissé de côté car je devais, pour lui, pour sa sœur avec qui je suis très proche, m’occuper de tout cela.

Et pour finir cette deuxième grosse explication, j’ai découvert par hasard en novembre 2020 suite à un examen ORL suivi d’une biopsie, que j’étais atteint d’un adénocarcinome du cavum, déjà bien avancé puisqu’il était un peu plus gros qu’une balle de ping-pong. Le traitement a été long et compliqué, mais étonnement j’ai pris cela comme un défi, comme un message qui m’était adressé. J’ai adapté mon temps de travail pour tous les jours faire de longues balades avec ma chienne, des balades méditatives. J’ai l’habitude de faire des méditations et même si je suis un cartésien pur et dur (dans le sens originel du terme que l’on trouve dans le discours de la méthode), je suis depuis pas mal d’années ouvert à tout et je crois que toutes les expériences sont bonnes à prendre. Je pars du principe qu’il y a toujours quelque chose à apprendre et je n’ai jamais d’a priori. Autre fait étonnant, mon traitement s’est terminé début mars de cette année, je devais attendre mi-juin pour passer un IRM. Je n’ai eu les résultats que la veille de la TCH… Etrange quand même ne trouvez-vous pas ? Résultat : la tumeur a disparu. Je dois encore passer scanner et autres examens plus précis pour voir s’il n’y a rien ailleurs, s’il ne subsiste pas des cellules cancéreuses dans les ganglions je présume.

Voilà, j’en ai fini avec cette longue introduction. Venons-en à l’expérience proprement dit et pardonnez à l’avance mes digressions dans la suite, je sais d’avance qu’elles seront nombreuses J

Donc voici comment j’ai vécu la TCH… Ah, je n’ai pas encore commencé que je ne peux pas taire que j’ai suivi début 2020 une formation pour devenir hypnothérapeute J Formation que je n’ai pas terminée suite à mon cancer, mais je peux vous garantir que j’ai rigolé intérieurement à entendre dans le début de la séance de TCH tous les ingrédients d’une bonne induction. Connaître la technique ne m’a pas dérangé, je vous écoutais religieusement et je vous ai laissé m’embarquer, ma CIE, ma CAC et moi-même. Oui, je crois que j’ai embarqué tout le monde, surtout la CAC. J’ai besoin d’analyser tout le temps tout, mais avec les années et l’ouverture d’esprit peut-être, j’ai l’impression qu’elle filtre de moins en moins. En tout cas j’y travaille. Pendant toute la séance, j’ai eu le sentiment de de garder mes facultés d’analyse, tout en acceptant le voyage sans aucun jugement.

Après l’induction, j’avais le sentiment de ne pas être parti. Néanmoins j’ai suivi sans m’en inquiéter votre voix et l’invitation à partir, s’éloigner de la terre pour découvrir une brume lumineuse. Je l’ai visualisée, je n’y suis pas entré. Puis je ne sais pourquoi, je me suis retourné et j’ai vu ma mère, je ne l’ai pas reconnue, je savais simplement que c’était elle. Je pourrais dire que mon imagination ou ce que je recevais comme image à mon insu (et ce sera la dernière fois que je parlerai de ce dilemme) me la montrait lumineuse. Ses cheveux étaient lumineux, étincelant. Tout son corps brillait comme un être de lumière. A ce moment-là je me suis dit « bon, c’est comme ça que je l’imagine aujourd’hui, elle a atteint un niveau supérieur, donc elle est à l’image de ce que je crois d’elle », mais voilà que j’ai senti une caresse sur ma joue, j’en ai frissonné, je me suis mis à pleurer et j’en ai déduit que cela n’était pas mon imagination, que je devais vraiment être parti tout en acceptant d’en être parfaitement conscient. Je n’ai jamais été hypnotisé de ma vie, alors l’étais-je ou pas je n’en sais rien, mais peu m’importe après tout (il faudra que je n’oublie pas de faire un petit paragraphe à ce sujet).

Nous sommes rentrés dans la brume et un paysage de montagne apparaissait. Tient des montagnes… Vous n’en aviez pas encore parlé à ce moment-là. Il n’y avait pas de mots, et d’ailleurs je n’ai jamais rien entendu, ni parlé pendant toute la séance. Je profitais de cet instant présent, de la présence de ma mère. Je sentais son amour et je pleurais. Je vous entendais au loin, mais je ne prêtais pas attention aux mots, sauf quand ils m’interpellaient, comme quand vous avez parlé de montagne. Je me suis dit « Jean-Jacques tu es en retard, j’y suis déjà » J

Et puis à un moment, j’ai baissé les yeux et j’ai vu un petit garçon. C’était mon fils dans ce qu’il avait de pur et d’innocence. Mon fils était hémophile, extrêmement intelligent et même après coup je me demande s’il n’était pas autiste Asperger. Il a fini sa vie sous curatelle renforcée, trouvé dans son appartement insalubre où les pompiers qui l’ont découvert ont dû faire le ménage. Il ne jetait rien. Ils ont retrouvé des tonnes de carton de pizza, des rouleaux de papiers WC vides entassés dans les toilettes et je ne parle pas du reste. C’est pour vous situer le personnage. Donc le voir dans sa version juvénile, pur à mes yeux, j’ai senti que c’était cette image qu’il voulait donner de lui, celle où il était peut-être encore heureux. Je pleurais à chaudes larmes et ça me faisait du bien. Je me suis dit que ça ne m’étonnait pas que ma mère soit là avec lui, qu’elle avait dû prendre soin de son âme d’enfant triste et en colère. Il ne brillait pas, il était vêtu simplement. Il était accroché à ses jambes. Nous nous sommes assis sur un banc de pierre blanc, un peu comme ceux qu’on trouve dans les cimetières. Nous étions là simplement à se toucher, s’enlacer, sourire.

Et puis vous nous avez invité à continuer le voyage, aller plus loin, plus haut, dans l’amour inconditionnel, Dieu… Je suis agnostique, mais ouvert J Ma mère, mon fils et moi nous sommes enlacés et nous avons tourbillonnés jusqu’à ce nouveau lieu.

Vous avez évoqué je crois un chemin, un choix, je ne sais plus. Un croisement s’est matérialisé et je me suis demandé ce que je devais en faire. Je ne suis allé nulle part. Nous sommes restés sur place, toujours à nous enlacer, prenant mon fils dans mes bras… C’était beau tout simplement.

Je crois qu’à un moment avez parlé de guérison, de soin. Je me suis dit que ce serait bien pour moi. J’ai repensé à mes méditations pendant mon traitement. Pendant mes longues séances de protonthérapie (comme la radiothérapie, mais avec des protons, c’est l’avantage de vivre à Caen car il n’y en a que 3 en France), j’ai eu le temps de penser à la raison de mon cancer et très vite je me suis dit que j’avais géré le décès de mon fils au niveau administratif, mais que je n’avais jamais pris le temps de le gérer émotionnellement. Le cavum n’est pas anodin dans l’histoire. J’y ai vu l’endroit où se déversent les larmes qui ne coulent pas. Donc pensant à ce soin ou cette guérison dont vous parliez, j’ai repensé à cela et tout à coup, une douleur intense est apparue dans ma tête, comme si quelqu’un me la faisait rentrer par le sommet du crâne. J’ai ressenti ces douleurs suite à une trop forte émotion. La douleur était bien présente je ne savais pas comment la gérer. Je pleurais en espérant que cela suffise. Je me disais que j’avais compris pourtant, alors pourquoi était-elle encore là ? J’ai regardé ma mère, elle a mis ses mains autours de mon visage et nous sommes restés ainsi longtemps. Je ressentais cet amour inconditionnel. Je pense qu’au bout d’un certain temps (long ou court je ne sais pas), la douleur s’est estompée et a fini par disparaître.

C’est là que vous nous avez incité à redescendre et dans ma tête je pensais que vous vouliez nous amener ailleurs, faire d’autres découvertes. Sauf que moi, ça me suffisait de vivre cet instant, d’être auprès de mes défunts. Alors nous sommes revenus dans cette brume, devant cette chaîne de montagnes, à simplement être là, se toucher, s’enlacer, ressentir ce moment intensément. Puis, j’ai fini par comprendre que vous nous rameniez à Caen, à l’hôtel, dans notre fauteuil. Je n’avais pas spécialement envie de revenir si vite, j’entendais votre description de la descente, mais je restais encore là dans cette brume. Sentant que le retour suggéré était de plus en plus proche du fauteuil, j’ai pris mon fils dans mes bras et l’ai tendu à ma mère. Puis d’un signe de main je leur ai dit au revoir, ils ont fait de même et je suis redescendu jusqu’à l’hôtel à toute vitesse pour profiter de vos derniers conseils.

Je trouvais que tout cela avait été plutôt rapide et je m’étonnais que la séance ait pu durer une heure et trente minutes. Pour moi, tout cela n’avait pas duré plus de 30 mn.

Quand il a fallu retirer le masque, je pleurais encore, non pas de tristesse, mais d’une certaine mélancolie, faite d’amour et de deuil. Depuis le décès de mon fils, je lui ai longuement parlé, pendant mes méditations, le soir avant de dormir je l’invitais à venir me voir dans mes rêves, en vain. C’est la première fois que je le vois et je suis heureux de voir qu’il est bien entouré.

Nous reviendrons pour une nouvelle TCH soyez-en certain.

Merci pour cette belle expérience

Bien amicalement,

Luc Pugeat

 

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