Ainsi va la vie…
La vie a une esthétique, tantôt noire comme la nuit, tantôt lumineuse comme le jour. Derrière la lumière se cache l’ombre, derrière l’ombre se cache la lumière. Ce qui est vrai un jour peut ne plus l’être un autre : chaque vie pouvant basculer de la réputation à la répudiation, de la vénération à l’exécration…
L’excellence est sujette à s’envieillir, et pareillement la renommée avec elle. La coutume diminue l’admiration. Une nouveauté médiocre peut parfois l’emporter sur une excellence qui commence à vieillir. Il est donc besoin de renaître en esprit – plutôt qu’en titres-.
Ce que nous voyons ici, sur les réseaux sociaux, n’est probablement qu’une infime partie des histoires de nos vies : à l’instar d’un dernier rayon d’un soleil qui tarderait à se coucher ou d’un premier rayon d’un soleil qui tarderait à se lever.

Pourquoi ne montrer que ce qui semble briller ?

Nos nuits, nos doutes, nos questionnements, nos faces sombres, peuvent être si belles !
Nos histoires de vies – parfois tellement médiocres- exposées, ici, à grands coups de « like » et de commentaires, comme l’Histoire toute entière, devraient plutôt nous inviter à nous arrêter. Nous arrêter pour entrevoir nos parts d’ombres voire de nuits à venir : l’alternance de toutes choses, comme la nuit et le jour. Osons nous en inspirer !
Par exemple, dans la tragédie de Sophocle dans Antigone

Créon : « j’interdis qu’on rende les honneurs à Polynice : que sa chair soit livrée aux charognes et aux vautours ! »
Antigone : « Il ne t’appartient pas de me séparer des miens. Je rendrai les honneurs à Polynice et si c’est là un crime, je serai sainte dans mon crime (…) Voyez comme l’on traite la Princesse de Thèbes ».

Autre exemple : Jeanne d’Arc sans son procès ne serait pas une sainte. Elle arrive en tant que cheffe de guerre. Pendant le procès, les juges ecclésiastiques vont faire d’elle une sorcière. Lorsqu’elle monte sur le bucher, elle se transforme en sainte.

La vie est ce lieu de métamorphose où rien, strictement rien n’est immuable. Ne l’oublions jamais.
Ce qui est vénéré peut se trouver critiqué voire condamné ; ce qui est critiqué voire condamné peut soudainement être vénéré. Les opinions ont leurs couleurs, telles les saisons, déréglées.

Parfois, il est bon de renouveler sa réputation, en se faisant discret, ou de se montrer -mais jamais de trop-. C’est « l’art de la prudence » selon l’ouvrage éponyme de Baltasar Gracian, moine jésuite du XVIème siècle. Plus qu’un livre ; pour moi c’est un compagnon de vie. Il est déchiré, tellement je l’ai ouvert, sans jamais le refermer vraiment, d’ailleurs…

Le soleil nous éclaire, même derrière les nuages.
A son image, lui qui change si souvent d’horizon et de théâtre : nous le désirons lorsqu’il se voile ou qu’il se couche. Admirons le lorsqu’il se lève.
Ne nous aveuglons pas lorsqu’il est au zénith.
L’alternance est belle. Observons-la, contemplons-la.
C’est d’elle dont dépend le bonheur de la vie.

Jean-Michel, avril 2021.

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